Naître du bon côté de la carte bancaire.
Lors du retour de mon premier voyage à New York et Seattle, nombre d’entre vous me demandèrent si « l’american way of life » était aussi belle (ou repoussante) que les images disponibles en France le laisse penser. La question semble encore plus pressante aujourd’hui… et la réponse, comme vous pourrez le voir, dépend pour une part de votre situation sociale.
Etudier en maillot de bain.
Ce que j’ai vu (et continue à voir) des Etats-Unis est absolument époustouflant ! La vie m’y est grandement facilitée et si je dois m’adapter à certaines pratiques, mon égo confesse en réalité que ces dernières ont plus tendance à s’adapter à moi ! Sur six semaines de vie américaine déjà capitalisées, je n’ai eu à faire la cuisine qu’une seule fois (voyez ça en bien ou en mal !) ; et encore, c’était pour faire un repas à la française ! Un autre avantage de Mizzou –au moins en été- réside dans sa piscine extérieure. La chaleur était en effet étouffante l’autre jour ; alors, pour allier l’utile et l’agréable, j’avoue m’être baigné en plein milieu de l’après-midi puis, confortablement assis sur mon transat, avoir sereinement abordé mon cours de sociologie du sport (un comble !). Ma foie, la vie est belle me direz-vous. Et c’est vrai ! Je ne me plain d’ailleurs de rien… Ce doit aussi être le cas pour les têtes blondes et pleines des étudiants américains.
Il n’est paradoxalement que très peu question de consommation ici car le principe est que (presque) tout est prépayé ou se paye entre le 10 et le 15 du mois ; souvent par virement internet. Si l’on excepte alors le TIGER store (le magasin de vêtements, bibelots, fournitures scolaires, cartes postales, rouge à lèvres… aux couleurs de Mizzou) et les bars-restaurants, il n’y a rien à acquérir ici !
En fait si ! Ce que l’on achète en étudiant outre-Atlantique (et j’insiste sur le terme acheter) c’est une situation en même temps que du savoir, des infrastructures plutôt que la découverte de l’autonomie, le regroupement entre personnes de même classes sociales avant la découverte de la mixité !
Une minorité blanche de 90%.
Pourquoi insister sur l’idée qu’ici, le savoir s’achète ? Parce que cela a des conséquences sociales, politiques, géographiques, urbanistiques… Si votre enfant et vous viviez au Missouri, il vous en coûterait 18 000$ par an de l’envoyer parmi les tigres ; et ce durant au moins quatre années ! Pire, si vous ne viviez pas dans l’Etat déjà cité… la note s’élèverait à 30 000$ par an. Soit un total de 120 000$ pour obtenir le diplôme tant convoité ! A ce prix, le ticket d’entré à la piscine du Rec Center semble tout de suite plus important. C’est également le moment où l’on réalise que la belle vie coûte cher !
Petit jeu d’arithmétique maintenant. Prenez 28 000 étudiants, retranchez les 2 000 ne payant pas de frais d’inscription (les étrangers en échange et boursiers). Sur les 26 000 restants, deux tiers sont de l’Etat. Question : à combien s’élèvent cette année les recettes des seules inscriptions à Mizzou ? Réponse : (18 000 étudiants x 18 000 $) + (9 000 étudiants x 30 000 $) = 324 millions + 270 millions = 594 millions $. Et oui, vous ne rêvez pas ! Cette année mon Université aura généré 594 millions $ de frais d’inscription ! Et ce n’est pas sa seule source de revenus ! Comparez ce chiffre aux PIB d’un pays africain en sous-développement…
Mais tout un chacun –même dans le pays de tous les possibles- n’a malheureusement pas les moyens d’aligner entre 80 000$ et 120 000$ sur 1461 jours (même s’il aime beaucoup ses enfants !). Et particulièrement les minorités ethniques (qui sont parfois en passe de devenir des majorités). Les blacks et latinos, pour ne pas les citer, vivent ainsi le plus souvent dans la pauvreté avec l’équivalent d’un SMIC à 5$15 de l’heure. Le résultat socialement parlant est le suivant : alors que les « blancs protestants » (appellation type) sont en passe de devenir une minorité démographique, ils alimentent les facs en étudiants à hauteur de 90% des effectifs environ. Ils sont par conséquent au moins deux fois mieux représentés que les autres catégories sociales. Et cela se retrouve ensuite dans la proportion ethnique de blancs parmi les élites sociales, politiques et économiques du pays. En bref, l’ascenseur social ici aussi fonctionne essentiellement en donnant son corps, j’évoque ici le sport !
Si enfin vous me dites qu’Obama est black, je vous répondrais qu’un de ses parents est blanc et qu’il est en réalité l’exception justifiant les espoirs d’une communauté.
Les « noirs » s’assoient toujours au fond du bus.
Ce titre en référence à la ségrégation est en fait –rassurez-vous- une fumisterie ! S’ils s’assoient encore au fond, c’est qu’il n’y a plus de places devant puisqu’elles sont également prises… par des noirs ! Car, à l’inverse de l’Université, les minorités ethniques doivent réunir 90% des usagers du service public (qui n’a de service que le nom) ! Oh, blancs européens, je ne sais pas si vous avez déjà pris un transport en commun au Missouri mais attendez-vous à un choc culturel et une forte baisse de la qualité! Reste cependant que les personnes l’utilisant n’ont pas les moyens de se payer une voiture -ce qui est une très forte discrimination aux Etats-Unis. Eux, je ne suis pas certain qu’ils soient proches du rêve américain, ni même qu’ils puissent envoyer leurs bambins à l’université, c'est-à-dire progresser socialement à travers leur progéniture.
Plusieurs générations de personnes défavorisées n’ont, autrement dit, que très peu la possibilité de voir l’avenir d’un œil serein et ne vivent pas une belle vie !
Et si j’étais un jeune noir-américain?
Alors à ceux qui me demandent si ma vie ici est belle, je réponds oui sans hésiter. S’ils cherchent plus précisément à savoir si la vie aux Etats-Unis est belle, je réponds que cela dépend. Venant d’un milieu social européen aisé, j’ai la chance de vivre « du bon côté de la carte bancaire » au Missouri aussi ! Je vois alors logiquement les aspects les plus sympathiques de « l’american way of life » et en profite au maximum.
Mais si j’étais noir-américain et pauvre dans un quartier défavorisé de St Louis, à défaut d’être malheureux, je ne pourrais au moins pas envisager l’avenir sereinement. Mes conditions de vie seraient également telles que mon camarade de classe blanc et de bonne famille (si tant est qu’il soit dans ma classe) vivra potentiellement dix années de plus que moi !
Aux détracteurs des américains et de leur mode de fonctionnement, je répondrais que la majorité d’entre eux ne l’a pas choisi et a tendance à subir cette situation. D’autre part, vivre dans ce système ne fait pas nécessairement de quelqu’un un monstre assoiffé de dollars. A ceux qui l’enjolivent et qui désirent vivre dans un tel système, je préciserais qu’ils y vivront heureux et selon leurs désirs tant qu’ils auront suffisamment d’argent pour pouvoir les acheter. Ensuite ? Ils auront toujours la possibilité de vivre à crédit.
Neb
2 commentaires:
Salut Ben !
Joli papier, je suis comblé ! hihi
J'attends avec impatience de nouvelles réflexion de ta part.
@+ et Bon Anniversaire
"Moi tu peux payer, plus tu payes".
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