Arrêtes de manger et parles !!!
Une adhésion vaut une part de pizza. Marre des pizzas ? Qu’importe ! Allez au stand des études internationales, écoutez parler 5 minutes, et vous aurez votre repas vietnamien. Trop épicé ? Vous trouverez alors bien un autre endroit où quelqu’un vous parlera d’un sujet qui ne vous intéresse pas. Si vous avez assez de patience, il vous donnera un hamburger en récompense. Donnez votre numéro de téléphone et vous obtiendrez un coca en plus !
Voici un article que je souhaite écrire depuis quelques temps à propos du rapport des américains à la nourriture. Les éléments bien connus d’abord : ils mangent trop gras, trop sucré, pas assez équilibré et ne boivent de l’eau qu’en dernier recours ! Ces quelques lignes s’intéressent toutefois plus au rapport entre les aliments et ceux qui les ingurgitent.
Manger est une récompense.
Dans certains pays où les gens meurent de faim, obtenir de la nourriture est une épreuve et pouvoir la manger sanctionne positivement les efforts accomplis. Ici, la bouffe symbolise d’abord la capacité d’accès à l’argent. Quèsaco ? C'est-à-dire que si vous pouvez payer, vous trouverez à manger à volonté ! Tous nos restos U fonctionnent en effet sur ce principe : pour les X$ que je paye par repas, je me retrouve face à un grand choix de plats dont je peux me goinfrer à volonté. La première récompense résulte donc en fait d’un concept bien connu de tous : payer donne accès à…
Le pire est cependant que la nourriture sanctionne aussi les non-efforts (on peut considérer qu’avoir de l’argent pour payer son repas est la résultante des efforts au travail ; quoique, pour l’étudiant que je suis, le raisonnement ne se justifie pas complètement puisque ce sont mes parents qui gagnent l’argent que je dépense). Par non effort, j’évoque particulièrement le fait de donner de la nourriture en échange de l’attention que les gens veulent bien accorder à un quelconque sujet. Je vois ainsi souvent des files de 50 étudiants attendre patiemment 20 minutes devant un stand défendant une cause/un projet (dont ils se fichent éperdument) juste pour obtenir une ridicule part de pizza ! Cela me met hors de moi. J’ai l’impression de revoir les moutons de ma jeunesse motivés seulement par la gourmandise ; car, assurément, tous n’ont pas besoin de manger (à 15h !) et beaucoup auraient les moyens de se payer un vrai repas. Je me souviens ainsi de ma jeunesse à la campagne où les moutons avaient forcé la porte de la réserve de nourriture et s’étaient tellement empiffrés que certains en étaient morts !
L’habitude.
Manger ne sanctionne donc en fait plus rien. Ce n’est plus le résultat logique d’un effort produit mais l’action mécanique du quotidien répondant à une envie et non pas à un besoin. Deux conséquences majeures ressortent par conséquent.
L’obésité.
Si elle découle d’abord du trop de graisses et de sucres consommés, elle provient aussi largement du rapport que j’évoque. Physiologiquement d’abord car l’absence d’efforts n’aide pas à brûler des calories. Reste que c’est avant tout parce qu’automatiser la nutrition contribue à multiplier le nombre de repas-snacks et fait mécaniquement baisser la valeur que l’on porte aux aliments. Manger un hamburger n’est pas grave en soit. Oui mais en consommer quatre fois un par jour n’est plus du tout la même chose ! A cela s’ajoute un mécanisme d’accoutumance bien connu de tous : plus l’on mange et plus notre corps réclame de la nourriture supplémentaire…
Le gaspillage.
Le rapport des américains à la nourriture est également à l’image du self-service : je prends ce dont j’ai envie, je jette ce dont je ne veux plus. Le problème est d’autant plus prégnant lorsqu’on ne connait plus la valeur de la nourriture car l’américain prend beaucoup et jette donc énormément.
Sans trop forcer le trait, j’estime que la quantité de nourriture prise par quatre personnes ici pourrait en nourrir une cinquième en Europe (et certainement plus en Afrique). En données chiffrées, cela revient à dire qu’au lieu de prendre une quantité 1 (répondant à nos besoins physiques en même temps que nos envies), les américains prennent 1,25… ce 0,25 supplémentaire partant bien sûr à la poubelle ou se transformant en kilos en trop ! Etendons les proportions à la journée (3 repas par jour en moyenne) et à l’ensemble de l’Université (28 000 étudiants). Cela donne : 0,25 x 3 repas par jour x 28 000 étudiants = 0,75 x 28 000 = 21 000. Vous direz que j’exagère ! Prenons donc seulement la moitié de ce chiffre. Le résultat reste que chaque jour, mon université (et les restaurants qui l’entourent) gaspillent ce que 10 500 autres personnes pourraient manger ! Multipliez ce chiffre par 365 jours et par le nombre d’Universités américaines…
Au fait, il paraît qu’il y a eut des émeutes de la faim dans tous les pays sous-développés en 2008. Bon appétit !!!
6 commentaires:
je suis un peu choquée par ce comportement américain. quand je pense qu'ici des enfants viennent nous demander cinq pesos pour s'acheter un bout de pain ca me révolte encore plus.décidément c'est une société bien étrange que tu découvres..enfin peut être est-elle étrange car très différente de celle dans laquelle j'évolue..
Cerise
VOTER BEN-J aux présidentielles de dans euh... je sais plus quand exactement et j'ai pas envie de comtper il est trop tard
in english:
VOTE BEN-J FOR FUTUR PRÉSIDENT I don't when and it's too late to count
Je mange pas parce que jen ai besoin mais parce que jen ai envie. Et c'est NORMAL ben, attention à ce que tu écris quand même tu vas faire culpabiliser tous ceux qui aime la bouffe.
Camille: Aaaah, moi aussi j'aime la bouffe mais parfois, ce que mettent les américains dans leurs assiettes, c'est trop! Mais ce n'est pas toi que j'attaque car tu finis toujours toutes tes assiettes (donc c'est pas du gâchis)...
Pour Elsa: bon, fais pas ta "Jean-Marc", il arête pas de dire ce genre d'âneries en ce moment... ça doit être "le second effet mariage"!!! (à propos, j'attends le faire-part même si tu ne l'as encore envoyé à personne!!!)...
Hey hey Ben!
Texte très intéressant encore une fois, néanmoins je me permet de confirmer l'idée que te soumet Camille. En effet, à te lire, on dirait que tu regrettes l'idée de effort - réconfore, soit, en gros (très gros), il faut mériter de manger...tu sais que ça me ferait presque penser à "travailler plus pour gagner plus!" (en déformant : travailler plus pour manger plus) soit : il faut mériter de pouvoir manger. Or la bouffe est un besoin (et non pas une envie, puisqu'on meurt si l'on ne mange plus - j'aime dire des banalités), elle devrait donc être "inaliénable", et accessible à tous.
Bien sur je te titille un peu car je sais très bien que ce n'était pas ce que tu dénonçais. Tu dénonçais le principe justement de ne plus avoir conscience que manger à un prix et que certain n'ont pas la possibilité de manger tous les jours. Et c'est vrai qu'il n'y a pas cette prise de conscience, pour la raison que, à mon avis, les américains mangent par ce que c'est "cool". Comme quelqu'un fumerait un clope ou regarderait la télé.
Pour préciser mon propos, je me permet de faire une citation d'un livre de Tonino Benacquista, qui s'appelle "Malavita" (livre que je recommande à tout le monde par ailleurs), où une fille américaine décris son père:
"Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c'étai. Un type qui parle pour se faire comprendre, par pour faire des phrases. Un homme qui n'a pas besoin de dire "vous" quand il sait dire "tu". Un type qui "est", qui "a", qui "dit" et qui "fait", il n'a pas d'autres verbes. Un type qui ne "dîne", ne "déjeune" ni ne "soupe" jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui est arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer? As tu déjà listé le nombre de choses que ton père est capable d'exprimer rien qu'avec le mot "fuck"? "
Voilà, je pense que tout est dit : c'est avant un certain état d'esprit, que bien sur tous les américains n'ont pas, et que d'autres personnes de par le monde ont (pour répondre à l'argument de ton mail, Ben). Mais le principe est le suivant: j'ai faim, je mange et je ne me prend pas la tête de faire compliquer si je peux faire simple. Et les hamburgers, c'est cool, c'est bon, c'est gras, alors j'en prend.
Bien sur, ne pas cataloguer tout le monde comme ça!
Je crois que nous sommes d'accord Antonin... Et j'aime vraiment beaucoup ta citation.
Pour ce qui est de mon texte, je n'y dénonce pas le fait de manger (j'aime trop ça!) mais celui de trop manger... ce qui est fondamentalement différent. Bien sûr, manger est un besoin mais la sur-bouffe et le gaspillage relèvent de l'envie. Pour détourner ton argument Antonin (tu dis "si on ne mange plus, on meurt"), je dirais: "si on gaspille de la nourriture en en mangeant trop, on ne meurt pas" (en fait si, l'obésité peut tuer)...
Cerise l'a bien vu. C'est la sur-abondance que je vise et non le fait de s'alimenter!
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