La crise financière
Nombre d’entre vous me demandent si la crise financière actuelle inquiète beaucoup les américains et me questionnent sur ce qu’ils en pensent. Voici un article (car j’ai de nouveau le temps d’écrire) pour évoquer quelques instants le sujet.
Au moins autant préoccupés par la dernière défaite des Tigres.
Jusqu’au jour (ou plutôt la nuit !) où j’écris ces lignes, la seule conséquence palpable de la crise financière à Mizzou est un e-mail envoyé par le Président de Columbia à tous les étudiants, personnels et sponsors de l’Université. Ce dernier indique que notre fac a les reins solides ainsi que des investissements sûrs et diversifiés. Il ne faut en conséquence pas trop s’inquiéter… Je préciserais aux français pas vraiment au fait du système US que ce message est extrêmement important pour les personnels travaillant ici. Leurs systèmes de retraite et de protection sociale étant en effet basés sur les fonds financiers de l’Université du Missouri, si celle-ci venait à faire faillite, ils n’auraient alors plus ni complémentaire santé, ni retraite !
Mais c’est bien connu, le monde universitaire est avant tout peuplé de jeunes étudiants insouciants et optimistes ! Si la majorité sait que ça va mal, je crois qu’ils n’ont pas encore réalisé que le porte-monnaie grand ouvert de papa/maman pourrait se refermer un peu plus vite que prévu. Si on ajoute à cela que la majeure partie est plus préoccupée par la dernière défaite des tigres (notre équipe de football américain) que par ce qu’il se passe en dehors des Etats-Unis, voir en dehors du campus, il ne faut pas franchement s’attendre à une réponse convaincante à l’heure de les interroger sur la débâcle des marchés-action et ses conséquences.
Je noirci tout de même un peu le tableau ! Tous les étudiants américains ne sont pas ignares et il reste possible d’entretenir d’extrêmement intéressantes discussions avec certains d’entre eux. Et puis, la même critique pourrait être adressée aux français : je doute fort que la majorité des amphis ai réalisé l’ampleur du problème, qu’elle le comprenne mais surtout qu’elle s’y intéresse.
Main street angoisse entre récession et dépression.
Dans le contexte électoral actuel (les présidentielles se rapprochent à grands pas), la crise possède avant tout une résonnance domestique. La question n’est même pas tellement de savoir si Washington va perdre son statut de première puissance économique mondiale mais de connaître l’état de l’économie. Sous-jacente, émerge bien évidemment une autre question : quelles seront les conséquences de la crise pour moi ? « ON » est avant tout préoccupé par lui-même et c’est dans la logique des choses.
Un Nobel d’économie (je crois que c’est Stieglitz) avait un jour expliqué avec humour : « La récession c’est quand votre voisin perd son job, la dépression c’est lorsque vous perdez aussi le votre ». Tout l’enjeu consiste ainsi à espérer que seul le voisin soit concerné (pauvre de lui !).
Toute personne vivant sous la bannière étoilée et regardant un tant soit peu CNN ou Fox (à bas Fox !) sais cependant que la crise est partie des financiers de Wall Street. Il y a par conséquent une défiance assez partagée face au Plan Paulson, ici appelé Bail Out. Pourquoi ? Parce que ce dernier implique que Main Street (l’expression utilisée pour évoquer l’Homme de la rue) paye les dégâts provoqués par Wall Street et ses financiers. Je crois toutefois que les américains n’ont pas encore saisi l’étendue des conséquences économiques de ce plan et la grande question dans les médias et au Congrès reste pour l’instant de savoir s’il ne s’agit pas d’une mesure « socialiste ». Et oui ! l’état revient en force !
Mais quel Etat et avec quels moyens ? Le Bail Out coûtera à peut près 2 000$ par an et par américain pendant environ 20 ans (Le Monde d’il y a 2 semaines). Et le déficit budgétaire déjà pas très reluisant se voit plomber d’environ 10% supplémentaires (à presque 11 000 Milliards de dollars). Pour information, le PIB de la France était d’environ 1915 Milliards € en 2007 et sa dette publique de 1250 Milliard €. Cela signifie concrètement que l’argent qui sera injecté dans l’économie US (700 Milliards de $) est en réalité de l’argent fictif ! Il n’existera que si les américains remboursent leur dettes or, ce fantastique tas de devises sera consommé bien avant Avec le jeu des intérêts (puisqu’il s’agit d’un prêt), cela ne fait que reporter le problème. On endette l’Etat pour sauver l’économie ; au risque de voir subvenir plus tard une crise des finances étatiques (qui était déjà très probable). Ma question est donc la suivante : l’inverse ne serait-elle pas plus judicieuse ? Ne pas trop endetter l’Etat –afin d’empêcher qu’une seconde crise, encore plus grave, ne survienne plus tard- ne semble –t-il pas une meilleure solution ?
On m’objectera que les Etats ne font ici que prêter aux entreprises en difficulté et espèrent à long terme en retirer des bénéfices pour le contribuable (nous). Très bien. Mais il faudra tout de même m’expliquer comment faire des bénéfices grâce à de l’argent qui n’est plus à vous (puisqu’il sert à renflouer l’économie). Le raisonnement n’est d’autre part valable que si les entreprises aidées ne disparaissent pas en fin de compte (et l’argent qu’on y a investi avec). Enfin, et c’est plus un problème éthique, espérer que tout redevienne comme avant (et que les bénéfices reviennent), c’est sous-entendre que l’on reparte sur les mêmes bases… et donc qu’on ne tirera pas de leçon de ce qui est entrain de se passer !
(Note : je relis une dernière fois ce texte avant de le publier tout en ayant désormais connaissance du plan de sauvetage européen. Selon moi, la logique est la même. Et le fait que les bourses repartent vers une très forte hausse ne signifie pas que la crise est terminée. Loin de là ! Cela symbolise peut être néanmoins une certaine accalmie qui nous laissera le temps de constater les dégâts. Je pense qu’ici, les gouvernements ne peuvent rien faire d’autre que d’accompagner la chute).
Les journaux américains remarquent ainsi avec amertume que ceux qui traitaient l’Etat de tous les mots hier, l’accueillent désormais à bras ouverts… pour payer les pots cassés ! Ce n’est même pas une question idéologique ou politique en fait puisque même le mode de fonctionnement capitaliste prohibe l’intervention du secteur public. Nous ne sommes donc même plus dans le rouage classique décrit par Smith, ni dans son contraire (socialisme, voir communisme). Nous sommes tout bonnement hors des modèles traditionnels de référence. Il s’agit donc non seulement d’une crise financière, voir économique mais aussi d’une crise d’identité du système. C’est la raison pour laquelle beaucoup appellent à un nouveau Bretton Woods.
Voici un petit jeu pour terminer ce paragraphe. Admettons (et c’est à peu près le cas même si, malheureusement, je n’ai jamais pu le vérifier personnellement) qu’une liasse de 100 billets de 100$ mesure 1cm d’épaisseur. 1cm est donc égal à 10 000$. 1 million vaut donc 1 mètre ; 1 000 millions (soit 1 Milliard) vaut 1 000 mètre (soit 1 km) ; et 700 Milliards valent donc 700 km. Et oui, 700 Milliards de dollars c’est la distance entre Paris et la frontière espagnole en billets de 100$ bien tassés ! Si l’on prenait des billets de 1$, il en faudrait 100 fois plus (logique) et cela ferait 70 000 km, soit presque deux fois le tour de la Terre en billets de 1$ !
(Pour le plan européen qui est deux fois plus important en valeur, doublez les proportions).
Le magnifique effet domino !
La crise est par définition incontrôlable. Pourquoi alors nous répète –t- on à longueur de journée que la situation est sous contrôle, de ne pas s’inquiéter ? Parce que le moulin de l’économie repose sur quelque chose de bien plus fluctuent que le vent : la confiance. Cela signifie que si nous pensons tous que notre banque va faire faillite demain à 12h (donc ne sera plus capable de nous rendre notre argent), nous foncerons à 9h du matin au guichet pour clore nos comptes. Mais une banque n’ayant qu’environ 10% en liquide de la somme présente sur nos plans, 90% des épargnants se retrouveront sans le sou et la banque sera encore plus en faillite.
Bon, si encore ça s’arrêtait là ! Mais comme notre banquier en faillite avait également emprunté de l’argent à trois de ses collègues pour faire des affaires, les trois autres établissements ne recouvreront pas leurs prêts. Ils se retrouveront alors automatiquement en difficulté financière… C’est un cercle vicieux. L’intérêt des plans de garantie proposés par les gouvernements est ainsi qu’ils maintiennent la confiance : grâce à eux, nous savons que notre banque ne fera pas faillite.
J’ai ici occulté les causes de la faillite de la première banque (les mauvais placements boursiers, les trop gros risques et les trop faibles dépôts de garantie notamment). En voici maintenant les conséquences. Si les établissements financiers ne peuvent plus prêter d’argent, comment vais-je pouvoir obtenir mon prêt pour construire ma maison ? Et si dix d’entre nous ne peuvent plus faire bâtir leur chez-eux, que vont devenir les employés du bâtiment devant travailler dessus ? Ils seront mis au chômage… C’est le fameux et redouté principe de la contamination de l’économie réelle (la construction de ma maison est quelque chose que je peux toucher) par la crise financière (ma banque s’écroule du fait de mauvais investissements boursiers avec de l’argent virtuel).
C’est ce qui s’est passé en 1929, c’est ce que beaucoup redoutent aujourd’hui. Dans ce cas, le taux de chômage pourrait par exemple remonter autour de 11% à 12% en France. A ceci s’ajoute une hausse de la pauvreté et de tout un tas de mauvaises nouvelles propices au développement de crises sociales… Les prochains résultats des entreprises non-financières sont par conséquent attendus avec impatience car ils seront de bons indicateurs de la contamination. A priori, ils ne seront pas bons !
La faute à…
Comme durant chaque remise en cause, tout un chacun se demande qui est le responsable. Qui doit-on punir ? Comme si couper la tête de quelqu’un pouvait modifier le cours des actions passées !
Contrairement à une idée répandue, je ne pense pas que ce soit la faute des traders (le pauvre Jérôme Kerviel si seul il y a peu a désormais plein de nouveaux petits compagnons de galère !). Ils font partie du système et en ont profité mais n’en fixent pas les règles. Si l’on vous proposait de gagnez 100 000€ par mois, refuseriez-vous au prétexte que cela pourrait peut être porter préjudice à la société dans 10 ans ?
Les banques et les institutions financières ? Oui, c’est une part du problème mais nous ne pouvons pas leur reprocher de chercher à gagner de l’argent, elles sont là pour ça ! Nous espérons d’ailleurs tous que notre agence soit forte pour qu’elle soit à même de nous rendre ce que nous lui avons prêté, non ?
Le problème est plutôt que c’est dernières ont pu faire ce qu’elles voulaient pour atteindre leurs objectifs. Peut-on cependant le leur reprocher complètement ? Car, si elles auraient pu faire preuve d’un peu plus d’éthique, ce n’était pas à elles de fixer des lois pour s’auto-contraindre.
La responsabilité revient alors à ceux qui auraient dû poser les règles et qui ne l’on pas fait… et par ricochet à nous, qui les élisons ! Comme toujours, la perspective de l’enrichissement nous à fait fermer les yeux sur les valeurs qui devraient structurer notre économie. Il en est d’ailleurs une particulièrement primordiale : la valeur d’une marchandise s’acquière par la quantité de travail dépensée pour la créer. Et j’énonce d’autant plus facilement cette base de la pensée capitaliste que j’y adhère (malgré les sous-entendus que Romain peut me faire parfois !!!). Ce n’est d’ailleurs pas moi qui invente cette loi ; je la reprends aux illustres économistes que sont Smith et Ricardo notamment. Encore une fois, nous sommes tous responsables de cette dérive puisque nous avons tous souhaité un jour pouvoir investir en bourse : c'est-à-dire pouvoir gagner de l’argent sans travailler. A un petit niveau cela peut toutefois fonctionner mais la déconnection était telle que certains acteurs, il y a quelques mois, pouvaient espérer gagner 100€ en en misant que 10€ et en en possédant en fait que 5€ !
C’est en bref la faute de tout le monde et de personne à la fois. Comme toujours ! Chacun a sa part de responsabilité et vouloir stigmatiser des coupables, c’est oublier que nous le sommes également.
Et la suite ?
Pas facile à dire bien sûr ! La crise complète de confiance parait cependant peut probable du fait des plans internationaux. La contamination de l’économie réelle est en revanche à peu près certaine et les trois prochaines années ne s’annoncent pas roses économiquement. Mais, parce que l’économie est cyclique, elle repartira.
La question est en réalité de savoir sur quelles bases. Les mêmes ? L’expérience actuelle montre que nous devrions peut être amender quelques aspects du système. En d’autres termes, il faudrait imposer des règles empêchant une trop grande déconnection entre économie réelle et financière. Sinon, il y a toujours le communisme (rires) mais les expériences soviétique, chinoise ou cubaine en ont maintes fois souligné les tendances à la dictature et à « l’écrasement » des individus.
Certains appellent ainsi à un nouveau « Bretton Woods » pour fixer de nouvelles règles. Deux éléments sont alors à relever. Premièrement, un « Congrès mondial de l’économie moderne » n’est pas possible à l’heure actuelle. D’abord parce que les Etats n’y sont pas prêts (regardez les difficultés rien que pour s’entendre entre européens !) et puis, parce que Bretton Woods à eu lieu après la seconde guerre mondiale et pas avant ! Les nations étaient alors dans un état d’épuisement économique et psychologique extrême et n’avaient d’autres choix que s’associer pour construire quelque chose de nouveau. Ce n’est pas encore le cas actuellement. Deuxièmement, une seconde conférence ne se ferait pas à l’avantage des occidentaux. Je veux dire que nous ne fixerions plus les règles et n’en aurions donc plus la primeur. Dit de manière plus cruelle, cela consacrera le fait que nous ne sommes plus les maîtres de l’économie mondiale. Nous ne pourrons par conséquent plus en tirer les bénéfices comme nous l’avons fait depuis la révolution industrielle de la fin du XVII° siècle ! A chacun sa chance…
2 commentaires:
Je ne dirais pas que j'ai tout compris, mais je crois que j'ai compris certaines choses! Merci beaucoup pour ca! Surtout que je commençais à culpabiliser de plus regarder, lire ou écouter les informations..:§
coline
Mais de rien Coco...
ça ma fait super plaisir de te parler tout à l'heure...
tu me manques.
grosse bises
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