02 novembre 2008

Le meeting d’Obama à Mizzou ou la différence entre élection et direction.

Le meeting d’Obama à Mizzou ou la différence entre élection et direction.


Le mot d’ordre dans tout Mizzou était « Meeting Time » : il s’agissait d’accueillir Barrack Obama jeudi soir pour un de ses derniers « rally » avant les élections présidentielles du 4 novembre (je précise pour ceux qui éventuellement vivraient sur Mars et n’en auraient jamais eu vent !). Le slogan « Missouri for Change » dans le fond prenait les couleurs d’Halloween et Jesse Hall brillait de mille feux, histoire de rappeler à tous (mais surtout aux téléspectateurs) que les 11 grands électeurs de notre Etat seront probablement déterminants. L’infrastructure et le personnel pour préparer le show sont arrivés tôt le matin ; cela représente quatre 33t, une cinquantaine de professionnels et des volontaires pour installer le tout. Certains immeubles furent fermés pour la journée pour raisons de sécurité [nationale] et les services secrets se postèrent sur les toits à partir de 15h. La file d’attente s’est formée aux alentours de la même heure : la règle pour obtenir les meilleures places était « premier arrivé, premier servi ». Et il fallait effectivement être dans « les premiers » si vouliez avoir une chance de voir Barrack de près : cette file était à 19h30 un serpent ondulant sur plus de 2 miles (environ 3 km). En comparaison, ils ne devaient même pas être mile, deux semaines auparavant lors de la visite de John Mc Cain…


Arrivé à 19h30 avec des amis, nous avons opté pour une stratégie différente : au lieu d’attendre et de « faire grandir le reptile », nous nous sommes directement dirigés vers le meilleur des endroits où la visibilité était moins bonne. Si bien que nous étions à 100m du représentant démocrate mais nous le voyions relativement bien (surtout les grands comme moi !). Il a alors fallu attendre 2h mais les cartes, les copains, la musique et les autres « speakers » ont transformé ce calvaire du dos en un agréable moment.


Et puis, dans une immense fébrilité, « IL » arriva enfin ! Organisation parfaite (à l’américaine) et discours impeccable que je ne commenterais pas. Doué d’une grande aisance orale, Obama est capable de jouer sur ce que disent ses supporters et/ou opposants et je comprends que certains le trouvent charismatique même si personnellement je n’irais pas jusque là.


Reste qu’il s’agissait d’un meeting politique fait pour mobiliser. Ce qui y fut dit n’était donc pas transcendant et je le découperais grossièrement comme suit :

· 1/3 d’attaques contre Mc Cain et Bush (qui sont les mêmes [ce dont je doute])

· 1/3 d’exemples concrets pour appuyer…

· … 1/3 d’esquisses d’idéologiques sur ce que sont (ou devraient être) les Etats-Unis


L’ambiance dans les meetings démocrates est d’autre part résolument optimiste même si le mot d’ordre est de « se battre jusqu’au bout ». La consigne depuis le début de la crise économique est ainsi de matraquer les électeurs de données financières… car c’est ce qui fera gagner le candidat aux couleurs africaine-américaines.

Il ne subsiste en réalité que peu de doute quant à l’issue des scrutins électoraux. Dans tous les sondages que j’ai pu regarder la semaine passée, Obama possède au moins 6 points d’avance, tout le monde lui prête plus de charisme que son adversaire, plus de créativité mais par-dessus tout plus de « jeunesse ». Je crois d’ailleurs qu’il s’agit de la clé des élections et voici pourquoi.


Alors que John Mc Cain devait faire de son expérience un atout, la crise économique l’a transformé en fardeau. Il me semble que les électeurs l’ont trouvé « dépassé » par les évènements et donc incapable d’apporter une quelconque réponse. « Bamby » à l’inverse s’est transformé en un cerf aguerri ou alors il en a au moins donné l’impression (un peu trop vite peut être) ! Il semble désormais également plus apte à répondre à ce type de problèmes dans la mesure où il provient d’une nouvelle génération plus imprégnée par l’économie moderne.


Soyons clair, ce n’est ni sur le plan de l’idéologie, ni sur celui des valeurs que se gagnera l’élection. Malheureusement. Depuis plus de 6 mois, il s’agit de convaincre et d’attirer la masse des électeurs « du centre », balançant d’un côté à l’autre. Il faut « montrer du concret » (voici pourquoi Joe le Plombier est devenu la star du mois), dire que les taxes seront réduites et ne surtout pas faire d’erreur pouvant choquer l’opinion (raison pour laquelle les débats ont été si édulcorés et inintéressants).


Il faut enfin rallier les « minorités » et, là encore, Mc Cain n’a pas été bon. Les « noirs » ont été déclarés perdus d’avance du fait de la couleur de peau d’Obama ; les « latinos » ont été choqués par le refus catégorique d’assouplir les conditions d’immigration. Les femmes (qui ne sont pas une minorité mais ont une plus forte tendance à voter de manière homogène) n’ont pas été particulièrement séduites par Sarah Palin –qui ne défend pas spécialement des valeurs féminines. Les électeurs du centre enfin ont été choqués par les positions radicales de cette dernière quant à l’avortement, la religion…


Le phénomène Palin a été créé pour contrer « l’avantage jeunesse » d’Obama (la mission à été remplie de ce point de vue) mais a définitivement torpillé les chances républicaines au centre ; or c’est à cet endroit que des élections se gagnent.


C’est en fait un témoignage de l’absence de fil conducteur dans la campagne républicaine qui n’a souvent pu que réagir aux problèmes et non pas les anticiper ou les contrer. Au début de la crise financière par exemple, Mc Cain s’est d’abord tût, puis a suspendu sa campagne, puis à tergiversé sur l’attitude à adopter et s’est enfin rangé du côté des mesures proposées par… Obama ! A aucun moment il n’a été capable de « prendre la main » et d’agir en chef de file pour « protéger les intérêts américains ». Barrack Obama à l’inverse a su donner cette impression.


J’écris « donner cette impression » car il s’agit encore de rugir plutôt que de sortir les griffes ! Obama a beau dénoncer l’actuel président, il ne pourra pas faire beaucoup plus que lui et les deux à trois prochaines années s’annoncent moroses pour l’économie US et donc le futur Président. En d’autres termes et comme pour toute élection démocratique, l’avantage a été pris par celui qui s’est le mieux approprié l’image que les électeurs se font de leur pays (nous votons tous pour ce que nous voudrions que notre pays soit et non pour ce qu’il est vraiment). Cette image est évidement loin de coller à la réalité.


Lorsque l’élu arrive au pouvoir, dépeindre le portrait du pays idéal ne suffit plus, il faut revenir du temps futur vers le temps présent et présenter un bilan aux citoyens : « voilà ce que vous avez voulu que je dise, voici ce que je peux vraiment faire pour vous maintenant ». Les deux ne coïncident bien sûr que très peu.


Obama va gagner mais il a pris des risques stratégiques en associant autant son image à la situation future de son pays. Le prochain Président aura également moins de marges financières suite à la crise économique. C’est pourquoi il décevra d’abord probablement fortement. Ce sera seulement à partir de ce moment qu’il sera en mesure de répondre à la question la plus importante : est-il aussi habile à concrétiser les rêves qu’à les créer ?


Neb


P.S : Les photos du meeting ne sont pas de moi (j’étais trop loin et mon appareil n’avait plus de batterie).

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Ton regard est original intéressant et perspicace mais pour ma part je le trouve étrangement froid. Patrick

Anonyme a dit…

L'obamania gagne la France et surtout les médias.Si Barrack est élu les enjeux seront très élevés pour nous lors des prochaines élections. Alors j'entrevois une solution que Rama Yade devienne notre prochaine présidente car noire et femme nous ferions encore mieux que les USA.....

Anonyme a dit…

Vivement que l'élection passe car j'en peux vraiment plus de cette obamania à gogo.
J'ai toujours détesté les consensus hégémoniques. Quand on parle d'Obama, j'ai l'impression qu'on parle de Dieu.

Pour le symbole, ce serait ma foi bien, mais pour le fond...

Unknown a dit…

moi non plus j'aime pas les consensus et j'ai monique...
ok je sors ---> []

Anonyme a dit…

lol ! j'aime beaucoup ton humour marianne !